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Les sacrifices de butin de guerre dans le sud de la Scandinavie à partir des recherches de la vallée d'Illerup au Danemark
Ces dernières décennies ont connu un regain d'intérêt pour les sacrifices d'armes grâce aux fouilles récentes (fig. 1). Il faut signaler à ce propos que ces sites étaient à l'origine des lacs, par la suite transformés en marécages. Depuis la découverte en 1950 d'un sacrifice d'armes dans la vallée d'Illerup près de Skanderborg dans l'est du Jutland, le premier site de ce type à être récemment mis au jour, on a pu alterner les travaux de terrain avec ceux de laboratoire. Les nouvelles recherches ont également permis de compléter nos connaissances des sites fouillés au siècle dernier par l'archéologue danois Conrad Engelhardt (Engelhardt, 1863, 1865, 1867 et 1869). Ainsi, la nature fort complexe de ces sites a entraîné plusieurs débats durant les dernières années (Ørsnes, 1969, 1988, p. 9 sq. et Ilkjær, 1993, p. 374 sq.).
Deux théories se sont opposées durant le dernier demi-siècle. La première développée par J. J. A. Worsaae avant qu'Engelhardt ne cesse ses fouilles (Worsaae, 1865) a ensuite été modifiée par J. Brøndsted mettant en évidence les différences chronologiques des dépôts (Brøndsted, 1940). Les deux chercheurs ont émis l'hypothèse que les armes des sites marécageux avaient été déposées en des occasions précises et qu'elles constituaient un butin de guerre sacrifié par les populations locales après une victoire sur des forces envahisseurs. Les analyses du matériel du site de Thorsbjerg par H. Jankuhn (1936) sont à l'origine de la seconde théorie, selon laquelle les découvertes des marécages seraient des accumulations de petits sacrifices, les habitants de la région déposant régulièrement dans les lacs leurs propres objets. Les recherches récentes se proposaient notamment d'éclaircir ou au mieux de trancher cette question primordiale. Les fouilles des sites d'Illerup, d'Ejsbøl et de Nydam, complétées par les analyses des découvertes anciennes, indiquent que les armes proviennent de grands ensembles clos, sans doute des sacrifices des butins de guerre, dont l'origine doit être examinée cas par cas. Si on veut prouver que l'ensemble du mobilier a été déposé simultanément, il est impératif de connaître la localisation exacte des objets, documentée par des relevés et des photographies. Hors C. Engelhardt avait négligé cet aspect de l'étude, d'abord parce que ses fouilles sont très anciennes, mais aussi parce qu'il considérait d'avance chaque site comme un ensemble clos. Seules les fouilles récentes d'Ejsbøl et d'Illerup permettent de décider du caractère des sites marécageux et de déterminer s'ils résultent d'une accumulation de nombreux petits dépôts ou d'un ou plusieurs grands sacrifices. Les collages inter-couches du site A d'Illerup, illustrés dans la fig. 2, prouvent que les amas de mobilier sont strictement contemporains. Ils datent de Cib, vers 200 de notre ère ; plusieurs de ces tas ont des fers de lance de type Vennolum (Ilkjær, 1990, p. 95 sq.).
Le site B, qui se développe près de la rive sud de l'ancien lac, date aussi de la période Cib, mais légèrement postérieur, il contient des fers de lance de type Skiaker (Ilkjær, 1990, p. 111 sq.). Le site C, daté vers 400 après J.-C. ou de la fin du IVe siècle, recouvre les sites A et B ; des fers de lance du type de Havor proviennent de cette phase (Ilkjær, 1990, p. 53 sq.). Enfin, le site D des Ve/VIe siècles, que nous avons peut-être seulement fouillé en partie ne compte qu'une dizaine d'objets. Leur emplacement et leur typologie laissent penser qu'ils ont été sacrifiés ensemble sans qu'on puisse le prouver. L'interprétation des sites A, B et C comme trois sacrifices est de première importance et selon toute vraisemblance, on constate le même phénomène à Ejsbøl. Il est bien entendu impossible de prouver par exemple à l'aide de collages inter-couches que les anciennes découvertes des milieux marécageux proviennent de grands ensembles clos. Mais la typologie des armes, comparée avec celles d'Illerup et d'Ejsbøl étaie cette présomption. L'interprétation des découvertes de marécages comme sacrifices de butin de guerre joue un rôle essentiel pour notre compréhension des sociétés des cinq premiers siècles de notre ère dans l'Europe septentrionale. L'importance des sacrifices d'Illerup site A, de Vimose Cib et de Thorsbjerg de la même période, ainsi que ceux, plus tardifs, de Nydam et d'Ejsbøl Nord impliquent une organisation sociale fortement développée. La planification stratégique et la constance des attaques visant des régions précises renforcent cette impression. On constate par exemple que les agressions de la période Cib (ca. 200 ap. J.-C.) ont été concentrées sur les côtes proches du Kattegat dans l'est du Jutland, ainsi qu'en Fionie et au nord de Sjaelland, tandis que les incursions se décalent vers le sud de Jutland et les îles vers la fin de la période C2, vers 300 ap. J.-C. (Ilkjær, 1990, p.333sq.; Ilkjær, 1993, fig. 153, fig. 157). L'HISTORIQUE DES FOUILLES D'ILLERUP
Huit décennies environ séparent les anciennes fouilles du sud du Jutland et de l´ile de Fionie des trouvailles d'armes et d'équipement guerriers d'Ille-rup lors des drainages de la vallée en 1950. Des fouilles archéologiques ont rapidement suivi la découverte d'épées et de javelots dans le fossé de drainage (Andersen, 1951). Provisoirement interrompues en 1956, les fouilles ont été reprises en 1975 pour une période de 11 ans, totalisant une superficie de 40 000 m2, soit 40 % de la zone de répartition des objets. Les fouilles d'Illerup ont été primordiales pour la compréhension des autres sites. La répartition du mobilier de Nydam s'étend ainsi sur une zone dix fois supérieure à celle fouillée par C. Engelhardt en 1859-1863 (Ilkjær et Lønstrup, 1982). LA NATURE DU SITE D'ILLERUP Sur les 40 000 m2, plus de 15 000 artefacts ont été inventoriés. Il est plus difficile de préciser le nombre d'objets, car il s'avère souvent délicat de déterminer quand il s'agit d'un objet à part ou de plusieurs fragments d'une même pièce. Une grande partie du mobilier inventorié est constituée de fragments, qu'une étude détaillée permet de recoller. Lors des fouilles, il était évident qu'on allait enregistrer les objets isolés séparément, mais que faire quand on devait enregistrer par exemple les fragments d'un même fourreau, trouvés séparément, mais proches l'un de l'autre ? La plupart du mobilier a été recueilli dans une vase calcaire, exceptés les objets déposés près du bord de l'ancien lac pris dans la tourbe. La provenance du matériel influence l'état de conservation, qui se détériore en s'approchant de l'ancienne rive. Le mobilier a été déposé en différentes occasions, mais toujours composé d'armes ou d'équipement des guerriers. Les ossements, les fragments de bois et de céramique ainsi que d'autres trouvailles que la stratigraphie différencie déjà des dépôts d'armes, ne sont pas inclus dans cet article. Si on compare l'extension des fouilles avec les limites de l'ancien lac, il est évident qu'on a seulement étudié une partie des sacrifices d'armes d'Il-lerup. Il est difficile d'estimer la quantité de mobilier non excavé, peut-être pourrait-on en proposer des estimations statistiques après avoir étudié toutes les catégories d'objets, mais pour l'instant nous savons seulement qu'une grande partie du matériel est encore enfouie dans le marécage. LE SITE A, LES CONCENTRATIONS DU MOBILIER Le site A d'Illerup couvre l'ensemble de l'ancien lac, dont la superficie atteignait environ 100 000 m2. Avant d'être plongées dans le lac, les armes ont été violemment détruites : les épées ont été cassées, les boucliers fendus et les hampes de lances et de javelots brisées. Par ailleurs, on observe des traces de coups violents sur les objets, ceux du site A n'ayant pas été brûlés. Après leur destruction, les armes et l'équipement des guerriers ont souvent été enveloppés dans des textiles. On a enfin ramené ces paquets pour les jeter d'un bateau dans le lac. Les eaux basiques ont ensuite dissout les fibres textiles, tandis que les objets entassés ont été recouverts par des sédiments lacustres. Chaque tas est ainsi un ensemble distinct que les recollages des fragments permettent de regrouper en un grand sacrifice : le site A d'Illerup. L'entassement des objets sera plus finement décrit en évoquant un exemple précis : la concentration de mobilier des coordonnées 92/97 (Ilkjær, 1993, p. 90 sq.). L'ENSEMBLE 92/97 Le fer de lance MZA de type Vennolum (Ilkjær, 1990, pl. 74) et le fer de javelot barbelé MYU de type Simris (Ilkjær, 1990, pl. 189) datent cet ensemble de la période Cib, (groupe 5, ca. 200 ap. J.-C.). Plusieurs fragments recollent avec ceux des autres entassements, prouvant que 92/97 fait partie du sacrifice A (Ilkjær, 1993, liste 2). Le mobilier, qui s'étend sur 4 m2, est entre autre composé des fers de lance et de javelot évoqués, des fragments d'une lame d'épée et d'une poignée d'épée en ivoire et en argent, d'un umbo et d'appliques de poignées de bouclier, ainsi que de plusieurs jeux d'équipements personnels, d'outils et de débris métalliques. Cet ensemble paraît d'abord chaotique, mais un examen approfondi permet d'en dégager certains systèmes, notamment dans le domaine des équipements personnels, sans toujours parvenir à les individualiser. Leur identification aurait évidemment été plus aisée si les courroies avaient été conservées, mais le milieu basique ayant détruit le cuir, les traces n'ont pu être relevées qu'exceptionnellement. Des ensembles isolés ont permis d'étudier les variations dans l'équipement personnel. On a ainsi pu déterminer que chaque guerrier possédait deux ceintures, dont la première — de type 1 — visible était suspendue d'une pierre à feu, d'un briquet ainsi que d'un grand couteau. La seconde — de type 2 — était cachée et suspendue d'un couteau, d'un peigne, d'autres objets liés aux soins du corps et d'une bourse contenant des objets de valeur. Les plaque-boucles, les bouterolles et les appliques d'éléments de suspension appartiennent généralement à la ceinture extérieure, parfois pourvue d'appliques décoratives. Examinons la répartition de l'équipement personnel dans l'amas : en haut à gauche, le groupe A comprend deux ensembles de type 2. Un petit anneau qui servait à fermer la bourse est situé entre les deux petits couteaux. On retrouve souvent ces anneaux-fermoirs près des peignes. Il est impossible d'individualiser les deux jeux quand les objets sont si rapprochés. Concernant le groupe B, plusieurs ensembles sont matérialisés, par deux boucles et deux jeux de briquet. La présence de deniers romains et d'un peigne indiquent que les deux ensembles de type 1 ont été mêlés au contenu d'une bourse, peut-être suspendue à une ceinture de type 2. Dans le groupe C, on distingue une ceinture du premier type avec une plaque-boucle, une bouterolle triangulaire à base circulaire, des appliques décoratives, deux œillets de suspension et une pierre à feu associée à un bouton, qui devait fermer le contenant de celle-ci. La boucle simple, le peigne et probablement aussi le petit couteau proviennent d'un ensemble de type 2. Les groupes A, B et C contiennent exclusivement des objets personnels. Près du groupe D, on a recueilli les fragments d'un umbo et la poignée d'un bouclier, mais l'ensemble est par ailleurs constitué d'objets personnels de type 1, ainsi que d'éléments d'une ceinture de type 2. La ceinture du premier type comprenait les éléments courants : plaque-boucle ; bouterolle triangulaire à base circulaire, et jeu de briquet avec la pierre à feu et le petit bouton pour la fermeture, boutons décoratifs et applique de suspension à la place des œillets. Le groupe E est constitué des restes d'une bourse, avec son anneau-fermoir et un ensemble de petits débris métalliques visible sur le plan d'ensemble de la fig. 3. Ce sont les fragments d'une feuille en or (1 g), d'une poignée de bouclier en alliage cuivreux, d'une applique rectangulaire et de petits débris non identifiables. On constate des traces de feu sur plusieurs de ces fragments, leur diversité et leur emplacement dans la bourse suggèrent que les feuilles métalliques ont été ramassées pour être refondues. Il faut peut-être mettre ces fragments en relation avec six deniers du groupe F et avec les objets du groupe G.
Ce dernier ensemble comprenait le plus grand nombre de cure-dents du site A, un poinçon et un outil tranchant, ainsi que huit pièces en argent en forme de « S » et une boucle de ceinture. La quantité de cure-dents était beaucoup trop importante pour servir à une seule personne. Il s'agit plus probablement d'une véritable production, indiquant que certains des objets de l'ensemble 92/97 appartenait à un artisan. Dans le site A d'Illerup, on a relevé plusieurs exemples d'associations entre des outils, des débris métalliques, des deniers et des objets personnels. Entre les groupes E, F, G et H, on retrouve des pièces détruites qui ne sont pas des débris métalliques, mais qui témoignent des cérémonies précédant leur sacrifice dans le lac. Ce matériel compte une épée brisée, dépourvue de sa poignée, la fusée d'une poignée en argent, les fragments des gardes en ivoire, des fers de lance et de javelots barbelés, plusieurs poignées de bouclier, à peu près complètes, et un umbo entier. Les grands objets dispersés et ceux, qui étaient groupés dans les ensembles E et G sont de nature différente. Les grands fragments d'armes témoignent des rites cultuels, tandis que les petits débris métalliques groupés font partie des objets personnels sacrifiés à la même occasion. Ainsi, l'ensemble 92/97 compte des armes, des objets personnels aux guerriers, des objets de valeur et des outils. D'autres amas contiennent également des éléments de harnachement. Regroupés, les amas constituent le mobilier d'une armée. Il manque cependant certains éléments dans le site d'Illerup, comme les bateaux qui transportaient les agresseurs vaincus, mais d'une manière générale, le matériel d'Illerup correspond aux autres sacrifices d'armes. LES DÉCOUVERTES D'ARMES SCANDINAVES EN MILIEU MARÉCAGEUX L'importance et le nombre des dépôts d'Illerup apparaissent à la fois par les recollages des fragments et par la quantité de fers de lances et de javelots barbelés. Dans le site d'Ejsbøl (Ørsnes, 1988), également bien documenté, on peut faire le même type de calculs, mais il est nettement plus problématique de préciser la nature des découvertes d'armes, fouillées avant les techniques archéologiques modernes. Les marécages acides, néfastes pour les objets en fer, posent également des difficultés. À titre d'exemple, on peut évoquer les sites de Trin-nemose dans le nord du Jutland et de Thorsbjerg dans l'Angel dans le sud du Jutland où les comparaisons sont limitées aux armes et aux appliques en métaux précieux en alliages cuivreux, en laiton, en étain ou autres métaux semblables. Les études comparatives doivent aussi considérer que plusieurs des sacrifices d'armes n'ont pas été fouillées entièrement. Illerup et Ejsbøl sont les seuls sites dont le contexte soit suffisamment bien connu pour qu'on puisse se faire une idée satisfaisante de l'importance des sacrifices. La mauvaise connaissance du contexte des découvertes d'armes comme à Nydam II et à Porskjær expliquent sans doute qu'on ait voulu interpréter les sacrifices comme des « pars pro toto ». À Illerup, Ejsbøl (Ørsnes, 1988) et Nydam (Bonde et al., 1991), les recherches récentes nous aident à mieux évaluer les anciennes découvertes, et d'y reconnaître les phases qui les composent. Une étude générale du mobilier des sacrifices d'armes, dans le cadre de la publication des fouilles d'Illerup, a permis de les insérer dans une chronologie générale. Il est ainsi possible de reconstituer des événements qui ont marqué le sud de la Scandinavie durant les cinq premiers siècles de notre ère. Ces recherches ont permis de mettre au jour des trames chronologiques et géographiques impossibles à détecter auparavant. Regardons alors l'ensemble des sacrifices d'armes par rapport au schéma chronologique récemment établi. LES SACRIFICES D'ARMES DES DEUX PREMIERS SIÈCLES DE NOTRE ÈRE Si on excepte le site de Hjortspring du IVe siècle avant J.-C., localisé dans l'île d'Ales en face de la côte orientale du sud du Jutland, les plus anciens sacrifices d'armes sont identifiés à Vimose, où on trouve du mobilier daté de ca. 100 ap. J.-C. (début de la période B2), dont essentiellement les éléments de boucliers assurent l'attribution. À Thorsbjerg, on distingue également plusieurs sacrifices mineurs desIer et IIe siècles sans qu'on puisse préciser la nature de ces découvertes (Ilkjær, 1990, p. 272 sq.). Par ailleurs, on peut signaler une quantité importante d'armes de la fin du IIe siècle à Vimose, où est attestée, où la continuité entre les dépôts des IIe et IIIe siècles est certaine (périodes B2 et Cl). Le site de Vimose représente le plus ancien exemple de ces sacrifices, qui ont été répétés à des intervalles régulières durant cinq siècles dans l'île de Fionie, dans l'est du Jutland, en Sjaelland, en Scanie et dans les îles de la mer Baltique. Bien que les rites aient perduré durant cinq siècles, les sacrifices ont été particulièrement nombreux à certaines époques : vers 200 ap. J.-C. (période C1b), où Illerup, Vimose et Thorsbjerg sont les exemples les plus marquants, puis vers 300, pendant la période C2, représentée par les sites d'Ejsbøl Nord, Nydam, Thorsbjerg et Kragehui, et enfin avec les vestiges des IVe-Ve siècles dont les plus importants sont à Nydam, alors qu'on en connaît aussi des exemples à Ejsbøl, Illerup, Porskjær, Kragehul, etc. LES SACRIFICES DE LA PÉRIODE C1b Dès les premières fouilles d'Illerup en 1950-1956, il était évident que le site comprenait plusieurs sacrifices. Les descriptions de Harald Andersen de deux sacrifices de la fin du IIe siècle et du IIIe siècle (Andersen, 1956) se sont révélés exactes, le caractère sacral d'un troisième ensemble déposé à la fin du IVe siècle et du Ve siècle reste également pertinent. Les fouilles de 1975-1985 ont en revanche, dans une autre partie du marécage, mis au jour les vestiges d'un quatrième sacrifice un peu plus tardif.
L'étude de 40 % de l'ancien lac sacré permet d'estimer l'importance des différents sacrifices, notamment à partir des fers de lance et de javelots barbelés, dont 1 409 ont été prouvé avec certitude (Ilkjær, 1990, p. 257 sq.). 776 (55 %) de ces armes peuvent être attribuées au site A (début de Cib) et 240 au site B (17 %) appartenant à Cib tardif, tandis que 212 (15 %) d'entre elles proviennent d'un des deux sites. Le site C (fin du IVe siècle et Ve siècle) compte 177 fers de lance et de javelot (13 %), le site le plus récent D n'en comptent que quatre exemplaires (0,3 %) L'étendue des lieux de sacrifices varie puisque le site A couvre l'ensemble des 40 000 m2 fouillés, tandis que les sites B et C sont concentrés vers le Sud. Ces objets ont visiblement été jetés depuis le bord du lac, tandis que les armes du site A, souvent très éloignées des rives, ont du être amenées par bateau. On constate aussi une évolution dans les rites, puisque le mobilier du site C a été brûlé avant d'être plongé dans le lac. Les éléments en bois ont donc entièrement disparu et les objets en alliage cuivreux ou en métaux précieux ne sont que partiellement préservés. Le matériel du site A n'a pas subi le feu, ainsi le bois, les alliages cuivreux, l'argent et l'or bénéficient d'un excellent état de conservation. La plus grande partie du matériel d'Illerup provient des amas du site A, dont les objets ont permis de reconstruire d'une manière très détaillée l'équipement des guerriers et d'en préciser les variations. On peut notamment discerner des qualités différentes aussi bien parmi les équipements riches que parmi les ensembles plus ordinaires. Les cinq à six umbos en argent comparés aux 40 autres en alliage cuivreux et plus de 300 exemplaires en fer reflètent une hiérarchie sociale. Bien entendu, ces chiffres ne sont pas absolus, d'abord parce que seuls 40 000 m2 des 100 000 m2 de la vallée d'Illerup ont été fouillé, ensuite parce que le butin a été trié avant d'être plongé dans le lac. On ne pourra donc jamais chiffrer la force armée qui a attaqué l'est du Jutland, mais seulement affirmer qu'elle comptait plusieurs centaines de guerriers. Parmi ce matériel, nous avons énuméré 300 ceintures de guerriers environ. La composition des découvertes ainsi que le nombre de boucles, comparé avec celui des couteaux, des peignes, des briquets et des pierres à feu montrent que chaque guerrier portait deux ceintures : la première visible était pourvue d'une plaque-boucle, comprenant un grand couteau, une bouterolle, un briquet et une pierre à feu, la seconde, qui était cachée, était pourvue d'une simple boucle, des objets liés aux soins du corps, notamment un peigne et des cure-dents, ainsi que divers objets de valeur : grains de collier, débris métalliques et parfois des deniers romains. Le site C ne comprend que 50 à 100 guerriers, mais encore faut-il considérer ces chiffres avec une extrême prudence. Bien que le site apparaisse limité, les fouilles partielles ne nous permettent pas d'exclure l'existence d'autres amas plus éloignés du bord du lac. Les deux sites de Cib d'Illerup se situent respectivement vers 200 et vers 225. Entre les deux, selon les études typologiques des fers de lances et des javelots barbelés, s'intercale le plus grand sacrifice de Vimose. Le site A d'Illerup correspond par contre aux sacrifices de Trinnemose dans le nord du Jutland et d'Illemose dans n'ile de Fionie. Quant à Vimose, il correspond à une première phase de Porskjær, tandis qu'Illerup B est contemporain du lac de Søborg. Au total, on peut énumérer environ une douzaine de sacrifices d'armes de Cib, témoignant de trois à cinq décennies de conflits. Si on interprète les ensembles d'armes comme les sacrifices des butins de guerres, ils illustrent les victoires des populations locales sur l'ennemi. Selon toute vraisemblance, les sacrifices ne montrent qu'une partie de leurs pertes. Nous sommes enfin certains que les sites d'Illerup, Nydam et Vimose enferment toujours une grande quantité de mobilier. Il est donc clair que les sacrifices résultent d'une activité guerrière plus importante que celle illustrée par le matériel archéologique. La très grande partie des sites de Cib sont localisés dans les régions voisines du Kattegat. Le site de Thorsbjerg ainsi que des trouvailles mineures dans les îles de Lolland et de Bomholm sont des exceptions. Le mobilier du site Cib de Thorsbjerg contient des types de briquets et de fibules, ainsi que des objets romains ou d'influence romaine qu'on ne retrouve que rarement dans les autres sites, indiquant que les vaincus n'étaient pas Scandinaves.
LA PÉRIODE C2.
Ejsbøl est le deuxième grand site marécageux qui a été exploité ces dernières années et dont la phase principale — Ejsbøl Nord — est postérieure à Illerup A et B, tout en étant antérieure à Illerup C. En 1988, M. Ørsnes a publié une étude fondamentale du mobilier, accompagnée de la documentation nécessaire pour interpréter le site. Les recollages des fragments prouvent que le site représente un grand sacrifice de la fin de C2, ainsi qu'un ensemble postérieur et plus restreint, mais dont le mobilier évoque un milieu princier.
Contrairement au site A d'Illerup, les objets d'Ejsbøl ont été brûlés avant d'être plongés dans le lac, les matières organiques ayant donc entièrement disparu. Une fois brûlé, le butin a été soigneusement trié ; près de la rive, on identifie deux tas avec chacun 500 à 600 petits objets, alors que les fragments d'armes plus importants étaient jetés plus loin. Ce procédé complique la reconstitution des équipements guerriers, puisque on ne retrouve pas les jeux d'armes et les objets personnels des guerriers regroupés dans des tas comme à Illerup A. Le premier tas de mobilier fut découvert lors du creusement d'un drain, tandis que les second tas a pu être correctement fouillé. Celui-ci est un ensemble clos de plus de 530 pièces, dont 34 boucles, 13 éléments de fourreau, 7 appliques de fourreau, 7 couteaux, 13 javelots barbelés, 10 fers de lance, 263 pointes de flèches, 4 umbos, 24 poignées de bouclier, 13 pierres à feu, 7 éperons et 3 pièces de harnachement (Ørsnes, 1984, p. 16). L'assortiment varié des armes et des objets personnels, caractéristique d'Ejsbøl Nord, permet de distinguer les types de mobilier qui, selon toute vraisemblance, ont été déposé en même temps que le tas le plus grand. Leur contemporanéité est en tout cas attestée pour les pièces qui recollent avec des fragments du tas. En séparant les types d'armes d'Ejsbøl qui ne sont pas représentées dans le tas, on obtient un groupe de fers de lance et de javelots, retrouvé à Illerup C et dans des sépultures des périodes C3 et Dl. Enfin, il faut signaler des fusées d'épée moulées à rétrécissement médian, des pommeaux naviformes ou aux terminaisons à têtes zoomorphes postérieures aux mobiliers groupés dans les amas. Le sacrifice d'Esjbøl Nord est contemporain d'importantes parties des sites de Thorsbjerg, Nydam et Kragehul ainsi que ceux en Suède de Hassie, Bösarp, Skedemosse, et Gudingsåkrarne. Comme pour la période Cib, on constate une concentration des sites, mais tandis que les premiers étaient localisés aux régions proches du Kat-tegat, les seconds sont davantage en relation avec la Baltique
LES SACRIFICES DES Ve-IVe SIÈCLES
Les fouilles récentes de Nydam (Bonde et al., 1991, p. 99 sq.) sont primordiales pour l'interprétation du site même, mais aussi pour la compréhension générale des découvertes de cette époque. Les recherches en 1984 (Petersen, 1987, p. 105 sq.) montrent que les dépôts tardifs ne se limitaient pas à « Nydam II », surtout représenté par des appliques en or et en argent, mais qu'ils comprenaient aussi des lances aux hampes décorées d'entrelacs. Le nombre des sacrifices du Ve siècle n'est toutefois pas précisé. Les fouilles de 1990-1991 ont recueilli le meilleur ensemble de mobilier du Ve siècle connu actuellement : des épées à pommeau triangulaire, des javelots barbelés, des fer de lance à ailerons, des umbos à base haute avec une pointe centrale, des appliques décorées d'incisions biseautées, des décors niellés et animaliers ainsi qu'une grande quantité d'objets personnels rappellant les sacrifices d'Illerup et d'Ejsbøl. On est alors amené à s'interroger si ces sacrifices, précédemment considérés comme des « pars pro toto », ne font pas parties d'ensembles nettement plus importants, dont nos connaissances sont fragmentaires en l'absence de fouilles et de documentations exhaustives. Les fouilles récentes à Nydam ne nous renseignent que partiellement sur l'étendue des sacrifices de la fin du IIIe siècle (période C2) ainsi que le IVe siècle. Précoce vers l'ouest, le matériel est plus récent à l'est (les différences de sédimentation liées à l'évolution végétale peuvent aussi expliquer ce phénomène). Un examen des notes d'Engelhardt comparées avec des études typologiques révèlent une situation plus confuse. Les trois sacrifices des premières phases de Nydam se chevauchent ainsi, au moins partiellement. Les fers de javelot barbelé et de lance datent le premier sacrifice vers 250 (début de C2), comme celui de Vingsted. Le deuxième, qui remonte vers 300 ap. J.-C., est contemporain d'Ejsbøl Nord, de certaines parties de Thorsbjerg et de Kragehul. Un troisième dépôt, de la fin du IVe siècle, est contemporain d'Illerup C, tandis que la subdivision des autres sacrifices du Ve siècle n'est pas encore établie. Des sondages, des carottes et des mesures de résistivité électrique ont permis d'établir un plan du bassin marécageux, très précieux pour la compréhension du site de Nydam, indiquant son extension ainsi que l'emplacement des zones menacées. Par ailleurs, les datations dendrochronologiques du bateau en chêne — le bois de plusieurs planches de bord a été abattu entre 310 et 320 (Bonde et al., 1991, p. 103) — attribuent avec certitude le bateau de Nydam au sacrifice contemporain d'Illerup C, notamment quand Engelhardt nous renseigne sur la présence de fibules de type Nydam à l'intérieur du bateau (Engelhardt, 1865, p. 10). Le site C d'Illerup, celui du lac de Dallerup ainsi que les ensembles d'Ejsbøl et de Nydam datent tous de la fin du IVe siècle et sont concentrés le long de la côte orientale du Jutland, au nord et au sud du détroit de Lillebælt. Contrairement aux sacrifices de la fin de C2, ils ne sont pas limités à une seule région.Les découvertes du Ve siècle sont groupées dans les parties centrales de l'est du Jutland (Illerup, Porskjær et le lac de Dallerup), dans les régions orientales du sud de la péninsule (Nydam, Ejsbøl et Kragehul) et enfin vers l'est, dans lîle de Bornholm ainsi que le sud-est de la Suède et dans lîle d'Öland. |
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