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Les sacrifices de butin de guerre dans le sud de la Scandinavie partir des recherches de la valle d'Illerup au Danemark
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Ces dernires dcennies ont connu un regain d'intrt pour les sacrifices d'armes grce aux fouilles rcentes (fig. 1). Il faut signaler ce propos que ces sites taient l'origine des lacs, par la suite transforms en marcages. Depuis la dcouverte en 1950 d'un sacrifice d'armes dans la valle d'Illerup prs de Skanderborg dans l'est du Jutland, le premier site de ce type tre rcemment mis au jour, on a pu alterner les travaux de terrain avec ceux de laboratoire. Les nouvelles recherches ont galement permis de complter nos connaissances des sites fouills au sicle dernier par l'archologue danois Conrad Engelhardt (Engelhardt, 1863, 1865, 1867 et 1869). Ainsi, la nature fort complexe de ces sites a entran plusieurs dbats durant les dernires annes (rsnes, 1969, 1988, p. 9 sq. et Ilkjr, 1993, p. 374 sq.).
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Fig. 1. Dcouvertes d'armes et d'quipement guerrier dans le sud de la Scandinavie. |
Deux thories se sont opposes durant le dernier demi-sicle. La premire dveloppe par J. J. A. Worsaae avant qu'Engelhardt ne cesse ses fouilles (Worsaae, 1865) a ensuite t modifie par J. Brndsted mettant en vidence les diffrences chronologiques des dpts (Brndsted, 1940). Les deux chercheurs ont mis l'hypothse que les armes des sites marcageux avaient t dposes en des occasions prcises et qu'elles constituaient un butin de guerre sacrifi par les populations locales aprs une victoire sur des forces envahisseurs.
Les analyses du matriel du site de Thorsbjerg par H. Jankuhn (1936) sont l'origine de la seconde thorie, selon laquelle les dcouvertes des marcages seraient des accumulations de petits sacrifices, les habitants de la rgion dposant rgulirement dans les lacs leurs propres objets.
Les recherches rcentes se proposaient notamment d'claircir ou au mieux de trancher cette question primordiale. Les fouilles des sites d'Illerup, d'Ejsbl et de Nydam, compltes par les analyses des dcouvertes anciennes, indiquent que les armes proviennent de grands ensembles clos, sans doute des sacrifices des butins de guerre, dont l'origine doit tre examine cas par cas.
Si on veut prouver que l'ensemble du mobilier a t dpos simultanment, il est impratif de connatre la localisation exacte des objets, documente par des relevs et des photographies. Hors C. Engelhardt avait nglig cet aspect de l'tude, d'abord parce que ses fouilles sont trs anciennes, mais aussi parce qu'il considrait d'avance chaque site comme un ensemble clos. Seules les fouilles rcentes d'Ejsbl et d'Illerup permettent de dcider du caractre des sites marcageux et de dterminer s'ils rsultent d'une accumulation de nombreux petits dpts ou d'un ou plusieurs grands sacrifices.
Les collages inter-couches du site A d'Illerup, illustrs dans la fig. 2, prouvent que les amas de mobilier sont strictement contemporains. Ils datent de Cib, vers 200 de notre re ; plusieurs de ces tas ont des fers de lance de type Vennolum (Ilkjr, 1990, p. 95 sq.).
Fig. 2. Les recollages des fragments, compars avec la rpartition de trois types de fer de lance, qui caractrise chacun l'un des sacrifices. Les collages des amas du site A ont t reli par des traits fins, illustrant la contemporanit des tas. Quelques concentrations isoles du site A sont sans doute l'effet du hasard. Les amas du site B se concentrent le long de la rive et ne prsentent aucun lien avec les tas du site A. Illerup C se dveloppe aussi le long du bord du lac ; le mobilier des sites B et C est jet depuis la rive, tandis que les ensembles d'Illerup A ont d tre dposs bord d'un ou plusieurs bateaux. La rpartition des diffrents types de fers de lance correspond bien aux ensembles dmontrs par les collages inter-couches.
: Fers de lance du type de Vennolum, site A, priode
Cib, groupe 5. |
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Le site B, qui se dveloppe prs de la rive sud de l'ancien lac, date aussi de la priode Cib, mais lgrement postrieur, il contient des fers de lance de type Skiaker (Ilkjr, 1990, p. 111 sq.). Le site C, dat vers 400 aprs J.-C. ou de la fin du IVe sicle, recouvre les sites A et B ; des fers de lance du type de Havor proviennent de cette phase (Ilkjr, 1990, p. 53 sq.). Enfin, le site D des Ve/VIe sicles, que nous avons peut-tre seulement fouill en partie ne compte qu'une dizaine d'objets. Leur emplacement et leur typologie laissent penser qu'ils ont t sacrifis ensemble sans qu'on puisse le prouver.
L'interprtation des sites A, B et C comme trois sacrifices est de premire importance et selon toute vraisemblance, on constate le mme phnomne Ejsbl. Il est bien entendu impossible de prouver par exemple l'aide de collages inter-couches que les anciennes dcouvertes des milieux marcageux proviennent de grands ensembles clos. Mais la typologie des armes, compare avec celles d'Illerup et d'Ejsbl taie cette prsomption.
L'interprtation des dcouvertes de marcages comme sacrifices de butin de guerre joue un rle essentiel pour notre comprhension des socits des cinq premiers sicles de notre re dans l'Europe septentrionale. L'importance des sacrifices d'Illerup site A, de Vimose Cib et de Thorsbjerg de la mme priode, ainsi que ceux, plus tardifs, de Nydam et d'Ejsbl Nord impliquent une organisation sociale fortement dveloppe. La planification stratgique et la constance des attaques visant des rgions prcises renforcent cette impression. On constate par exemple que les agressions de la priode Cib (ca. 200 ap. J.-C.) ont t concentres sur les ctes proches du Kattegat dans l'est du Jutland, ainsi qu'en Fionie et au nord de Sjaelland, tandis que les incursions se dcalent vers le sud de Jutland et les les vers la fin de la priode C2, vers 300 ap. J.-C. (Ilkjr, 1990, p.333sq.; Ilkjr, 1993, fig. 153, fig. 157).
L'HISTORIQUE DES FOUILLES D'ILLERUP
Huit dcennies environ sparent les anciennes fouilles du sud du Jutland et de lile de Fionie des trouvailles d'armes et d'quipement guerriers d'Ille-rup lors des drainages de la valle en 1950. Des fouilles archologiques ont rapidement suivi la dcouverte d'pes et de javelots dans le foss de drainage (Andersen, 1951). Provisoirement interrompues en 1956, les fouilles ont t reprises en 1975 pour une priode de 11 ans, totalisant une superficie de 40 000 m2, soit 40 % de la zone de rpartition des objets. Les fouilles d'Illerup ont t primordiales pour la comprhension des autres sites. La rpartition du mobilier de Nydam s'tend ainsi sur une zone dix fois suprieure celle fouille par C. Engelhardt en 1859-1863 (Ilkjr et Lnstrup, 1982).
LA NATURE DU SITE D'ILLERUP
Sur les 40 000 m2, plus de 15 000 artefacts ont t inventoris. Il est plus difficile de prciser le nombre d'objets, car il s'avre souvent dlicat de dterminer quand il s'agit d'un objet part ou de plusieurs fragments d'une mme pice. Une grande partie du mobilier inventori est constitue de fragments, qu'une tude dtaille permet de recoller. Lors des fouilles, il tait vident qu'on allait enregistrer les objets isols sparment, mais que faire quand on devait enregistrer par exemple les fragments d'un mme fourreau, trouvs sparment, mais proches l'un de l'autre ?
La plupart du mobilier a t recueilli dans une vase calcaire, excepts les objets dposs prs du bord de l'ancien lac pris dans la tourbe. La provenance du matriel influence l'tat de conservation, qui se dtriore en s'approchant de l'ancienne rive.
Le mobilier a t dpos en diffrentes occasions, mais toujours compos d'armes ou d'quipement des guerriers. Les ossements, les fragments de bois et de cramique ainsi que d'autres trouvailles que la stratigraphie diffrencie dj des dpts d'armes, ne sont pas inclus dans cet article.
Si on compare l'extension des fouilles avec les limites de l'ancien lac, il est vident qu'on a seulement tudi une partie des sacrifices d'armes d'Il-lerup. Il est difficile d'estimer la quantit de mobilier non excav, peut-tre pourrait-on en proposer des estimations statistiques aprs avoir tudi toutes les catgories d'objets, mais pour l'instant nous savons seulement qu'une grande partie du matriel est encore enfouie dans le marcage.
LE SITE A, LES CONCENTRATIONS DU MOBILIER
Le site A d'Illerup couvre l'ensemble de l'ancien lac, dont la superficie atteignait environ 100 000 m2. Avant d'tre plonges dans le lac, les armes ont t violemment dtruites : les pes ont t casses, les boucliers fendus et les hampes de lances et de javelots brises. Par ailleurs, on observe des traces de coups violents sur les objets, ceux du site A n'ayant pas t brls. Aprs leur destruction, les armes et l'quipement des guerriers ont souvent t envelopps dans des textiles. On a enfin ramen ces paquets pour les jeter d'un bateau dans le lac. Les eaux basiques ont ensuite dissout les fibres textiles, tandis que les objets entasss ont t recouverts par des sdiments lacustres. Chaque tas est ainsi un ensemble distinct que les recollages des fragments permettent de regrouper en un grand sacrifice : le site A d'Illerup.
L'entassement des objets sera plus finement dcrit en voquant un exemple prcis : la concentration de mobilier des coordonnes 92/97 (Ilkjr, 1993, p. 90 sq.).
L'ENSEMBLE 92/97
Le fer de lance MZA de type Vennolum (Ilkjr, 1990, pl. 74) et le fer de javelot barbel MYU de type Simris (Ilkjr, 1990, pl. 189) datent cet ensemble de la priode Cib, (groupe 5, ca. 200 ap. J.-C.). Plusieurs fragments recollent avec ceux des autres entassements, prouvant que 92/97 fait partie du sacrifice A (Ilkjr, 1993, liste 2). Le mobilier, qui s'tend sur 4 m2, est entre autre compos des fers de lance et de javelot voqus, des fragments d'une lame d'pe et d'une poigne d'pe en ivoire et en argent, d'un umbo et d'appliques de poignes de bouclier, ainsi que de plusieurs jeux d'quipements personnels, d'outils et de dbris mtalliques.
Cet ensemble parat d'abord chaotique, mais un examen approfondi permet d'en dgager certains systmes, notamment dans le domaine des quipements personnels, sans toujours parvenir les individualiser. Leur identification aurait videmment t plus aise si les courroies avaient t conserves, mais le milieu basique ayant dtruit le cuir, les traces n'ont pu tre releves qu'exceptionnellement.
Des ensembles isols ont permis d'tudier les variations dans l'quipement personnel. On a ainsi pu dterminer que chaque guerrier possdait deux ceintures, dont la premire de type 1 visible tait suspendue d'une pierre feu, d'un briquet ainsi que d'un grand couteau. La seconde de type 2 tait cache et suspendue d'un couteau, d'un peigne, d'autres objets lis aux soins du corps et d'une bourse contenant des objets de valeur. Les plaque-boucles, les bouterolles et les appliques d'lments de suspension appartiennent gnralement la ceinture extrieure, parfois pourvue d'appliques dcoratives.
Examinons la rpartition de l'quipement personnel dans l'amas : en haut gauche, le groupe A comprend deux ensembles de type 2. Un petit anneau qui servait fermer la bourse est situ entre les deux petits couteaux. On retrouve souvent ces anneaux-fermoirs prs des peignes. Il est impossible d'individualiser les deux jeux quand les objets sont si rapprochs.
Concernant le groupe B, plusieurs ensembles sont matrialiss, par deux boucles et deux jeux de briquet. La prsence de deniers romains et d'un peigne indiquent que les deux ensembles de type 1 ont t mls au contenu d'une bourse, peut-tre suspendue une ceinture de type 2.
Dans le groupe C, on distingue une ceinture du premier type avec une plaque-boucle, une bouterolle triangulaire base circulaire, des appliques dcoratives, deux illets de suspension et une pierre feu associe un bouton, qui devait fermer le contenant de celle-ci. La boucle simple, le peigne et probablement aussi le petit couteau proviennent d'un ensemble de type 2. Les groupes A, B et C contiennent exclusivement des objets personnels.
Prs du groupe D, on a recueilli les fragments d'un umbo et la poigne d'un bouclier, mais l'ensemble est par ailleurs constitu d'objets personnels de type 1, ainsi que d'lments d'une ceinture de type 2. La ceinture du premier type comprenait les lments courants : plaque-boucle ; bouterolle triangulaire base circulaire, et jeu de briquet avec la pierre feu et le petit bouton pour la fermeture, boutons dcoratifs et applique de suspension la place des illets.
Le groupe E est constitu des restes d'une bourse, avec son anneau-fermoir et un ensemble de petits dbris mtalliques visible sur le plan d'ensemble de la fig. 3. Ce sont les fragments d'une feuille en or (1 g), d'une poigne de bouclier en alliage cuivreux, d'une applique rectangulaire et de petits dbris non identifiables. On constate des traces de feu sur plusieurs de ces fragments, leur diversit et leur emplacement dans la bourse suggrent que les feuilles mtalliques ont t ramasses pour tre refondues. Il faut peut-tre mettre ces fragments en relation avec six deniers du groupe F et avec les objets du groupe G.
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Fig. 3. Amas 92/97 du site A d'Illerup. |
Ce dernier ensemble comprenait le plus grand nombre de cure-dents du site A, un poinon et un outil tranchant, ainsi que huit pices en argent en forme de S et une boucle de ceinture. La quantit de cure-dents tait beaucoup trop importante pour servir une seule personne. Il s'agit plus probablement d'une vritable production, indiquant que certains des objets de l'ensemble 92/97 appartenait un artisan. Dans le site A d'Illerup, on a relev plusieurs exemples d'associations entre des outils, des dbris mtalliques, des deniers et des objets personnels.
Entre les groupes E, F, G et H, on retrouve des pices dtruites qui ne sont pas des dbris mtalliques, mais qui tmoignent des crmonies prcdant leur sacrifice dans le lac. Ce matriel compte une pe brise, dpourvue de sa poigne, la fuse d'une poigne en argent, les fragments des gardes en ivoire, des fers de lance et de javelots barbels, plusieurs poignes de bouclier, peu prs compltes, et un umbo entier. Les grands objets disperss et ceux, qui taient groups dans les ensembles E et G sont de nature diffrente. Les grands fragments d'armes tmoignent des rites cultuels, tandis que les petits dbris mtalliques groups font partie des objets personnels sacrifis la mme occasion.
Ainsi, l'ensemble 92/97 compte des armes, des objets personnels aux guerriers, des objets de valeur et des outils. D'autres amas contiennent galement des lments de harnachement. Regroups, les amas constituent le mobilier d'une arme. Il manque cependant certains lments dans le site d'Illerup, comme les bateaux qui transportaient les agresseurs vaincus, mais d'une manire gnrale, le matriel d'Illerup correspond aux autres sacrifices d'armes.
LES DCOUVERTES D'ARMES SCANDINAVES EN MILIEU MARCAGEUX
L'importance et le nombre des dpts d'Illerup apparaissent la fois par les recollages des fragments et par la quantit de fers de lances et de javelots barbels. Dans le site d'Ejsbl (rsnes, 1988), galement bien document, on peut faire le mme type de calculs, mais il est nettement plus problmatique de prciser la nature des dcouvertes d'armes, fouilles avant les techniques archologiques modernes. Les marcages acides, nfastes pour les objets en fer, posent galement des difficults. titre d'exemple, on peut voquer les sites de Trin-nemose dans le nord du Jutland et de Thorsbjerg dans l'Angel dans le sud du Jutland o les comparaisons sont limites aux armes et aux appliques en mtaux prcieux en alliages cuivreux, en laiton, en tain ou autres mtaux semblables. Les tudes comparatives doivent aussi considrer que plusieurs des sacrifices d'armes n'ont pas t fouilles entirement. Illerup et Ejsbl sont les seuls sites dont le contexte soit suffisamment bien connu pour qu'on puisse se faire une ide satisfaisante de l'importance des sacrifices.
La mauvaise connaissance du contexte des dcouvertes d'armes comme Nydam II et Porskjr expliquent sans doute qu'on ait voulu interprter les sacrifices comme des pars pro toto . Illerup, Ejsbl (rsnes, 1988) et Nydam (Bonde et al., 1991), les recherches rcentes nous aident mieux valuer les anciennes dcouvertes, et d'y reconnatre les phases qui les composent.
Une tude gnrale du mobilier des sacrifices d'armes, dans le cadre de la publication des fouilles d'Illerup, a permis de les insrer dans une chronologie gnrale. Il est ainsi possible de reconstituer des vnements qui ont marqu le sud de la Scandinavie durant les cinq premiers sicles de notre re. Ces recherches ont permis de mettre au jour des trames chronologiques et gographiques impossibles dtecter auparavant. Regardons alors l'ensemble des sacrifices d'armes par rapport au schma chronologique rcemment tabli.
LES SACRIFICES D'ARMES DES DEUX PREMIERS SICLES DE NOTRE RE
Si on excepte le site de Hjortspring du IVe sicle avant J.-C., localis dans l'le d'Ales en face de la cte orientale du sud du Jutland, les plus anciens sacrifices d'armes sont identifis Vimose, o on trouve du mobilier dat de ca. 100 ap. J.-C. (dbut de la priode B2), dont essentiellement les lments de boucliers assurent l'attribution. Thorsbjerg, on distingue galement plusieurs sacrifices mineurs desIer et IIe sicles sans qu'on puisse prciser la nature de ces dcouvertes (Ilkjr, 1990, p. 272 sq.).
Par ailleurs, on peut signaler une quantit importante d'armes de la fin du IIe sicle Vimose, o est atteste, o la continuit entre les dpts des IIe et IIIe sicles est certaine (priodes B2 et Cl). Le site de Vimose reprsente le plus ancien exemple de ces sacrifices, qui ont t rpts des intervalles rgulires durant cinq sicles dans l'le de Fionie, dans l'est du Jutland, en Sjaelland, en Scanie et dans les les de la mer Baltique. Bien que les rites aient perdur durant cinq sicles, les sacrifices ont t particulirement nombreux certaines poques : vers 200 ap. J.-C. (priode C1b), o Illerup, Vimose et Thorsbjerg sont les exemples les plus marquants, puis vers 300, pendant la priode C2, reprsente par les sites d'Ejsbl Nord, Nydam, Thorsbjerg et Kragehui, et enfin avec les vestiges des IVe-Ve sicles dont les plus importants sont Nydam, alors qu'on en connat aussi des exemples Ejsbl, Illerup, Porskjr, Kragehul, etc.
LES SACRIFICES DE LA PRIODE C1b
Ds les premires fouilles d'Illerup en 1950-1956, il tait vident que le site comprenait plusieurs sacrifices. Les descriptions de Harald Andersen de deux sacrifices de la fin du IIe sicle et du IIIe sicle (Andersen, 1956) se sont rvls exactes, le caractre sacral d'un troisime ensemble dpos la fin du IVe sicle et du Ve sicle reste galement pertinent. Les fouilles de 1975-1985 ont en revanche, dans une autre partie du marcage, mis au jour les vestiges d'un quatrime sacrifice un peu plus tardif.
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Fig. 4. Les sacrifices d'armes de la priode C1b (200 ap. J.-C. environ) avec une indication des rgions d'origine probable. |
L'tude de 40 % de l'ancien lac sacr permet d'estimer l'importance des diffrents sacrifices, notamment partir des fers de lance et de javelots barbels, dont 1 409 ont t prouv avec certitude (Ilkjr, 1990, p. 257 sq.). 776 (55 %) de ces armes peuvent tre attribues au site A (dbut de Cib) et 240 au site B (17 %) appartenant Cib tardif, tandis que 212 (15 %) d'entre elles proviennent d'un des deux sites. Le site C (fin du IVe sicle et Ve sicle) compte 177 fers de lance et de javelot (13 %), le site le plus rcent D n'en comptent que quatre exemplaires (0,3 %)
L'tendue des lieux de sacrifices varie puisque le site A couvre l'ensemble des 40 000 m2 fouills, tandis que les sites B et C sont concentrs vers le Sud. Ces objets ont visiblement t jets depuis le bord du lac, tandis que les armes du site A, souvent trs loignes des rives, ont du tre amenes par bateau. On constate aussi une volution dans les rites, puisque le mobilier du site C a t brl avant d'tre plong dans le lac. Les lments en bois ont donc entirement disparu et les objets en alliage cuivreux ou en mtaux prcieux ne sont que partiellement prservs. Le matriel du site A n'a pas subi le feu, ainsi le bois, les alliages cuivreux, l'argent et l'or bnficient d'un excellent tat de conservation.
La plus grande partie du matriel d'Illerup provient des amas du site A, dont les objets ont permis de reconstruire d'une manire trs dtaille l'quipement des guerriers et d'en prciser les variations. On peut notamment discerner des qualits diffrentes aussi bien parmi les quipements riches que parmi les ensembles plus ordinaires. Les cinq six umbos en argent compars aux 40 autres en alliage cuivreux et plus de 300 exemplaires en fer refltent une hirarchie sociale. Bien entendu, ces chiffres ne sont pas absolus, d'abord parce que seuls 40 000 m2 des 100 000 m2 de la valle d'Illerup ont t fouill, ensuite parce que le butin a t tri avant d'tre plong dans le lac. On ne pourra donc jamais chiffrer la force arme qui a attaqu l'est du Jutland, mais seulement affirmer qu'elle comptait plusieurs centaines de guerriers.
Parmi ce matriel, nous avons numr 300 ceintures de guerriers environ. La composition des dcouvertes ainsi que le nombre de boucles, compar avec celui des couteaux, des peignes, des briquets et des pierres feu montrent que chaque guerrier portait deux ceintures : la premire visible tait pourvue d'une plaque-boucle, comprenant un grand couteau, une bouterolle, un briquet et une pierre feu, la seconde, qui tait cache, tait pourvue d'une simple boucle, des objets lis aux soins du corps, notamment un peigne et des cure-dents, ainsi que divers objets de valeur : grains de collier, dbris mtalliques et parfois des deniers romains.
Le site C ne comprend que 50 100 guerriers, mais encore faut-il considrer ces chiffres avec une extrme prudence. Bien que le site apparaisse limit, les fouilles partielles ne nous permettent pas d'exclure l'existence d'autres amas plus loigns du bord du lac.
Les deux sites de Cib d'Illerup se situent respectivement vers 200 et vers 225. Entre les deux, selon les tudes typologiques des fers de lances et des javelots barbels, s'intercale le plus grand sacrifice de Vimose. Le site A d'Illerup correspond par contre aux sacrifices de Trinnemose dans le nord du Jutland et d'Illemose dans n'ile de Fionie. Quant Vimose, il correspond une premire phase de Porskjr, tandis qu'Illerup B est contemporain du lac de Sborg.
Au total, on peut numrer environ une douzaine de sacrifices d'armes de Cib, tmoignant de trois cinq dcennies de conflits. Si on interprte les ensembles d'armes comme les sacrifices des butins de guerres, ils illustrent les victoires des populations locales sur l'ennemi. Selon toute vraisemblance, les sacrifices ne montrent qu'une partie de leurs pertes. Nous sommes enfin certains que les sites d'Illerup, Nydam et Vimose enferment toujours une grande quantit de mobilier. Il est donc clair que les sacrifices rsultent d'une activit guerrire plus importante que celle illustre par le matriel archologique.
La trs grande partie des sites de Cib sont localiss dans les rgions voisines du Kattegat. Le site de Thorsbjerg ainsi que des trouvailles mineures dans les les de Lolland et de Bomholm sont des exceptions. Le mobilier du site Cib de Thorsbjerg contient des types de briquets et de fibules, ainsi que des objets romains ou d'influence romaine qu'on ne retrouve que rarement dans les autres sites, indiquant que les vaincus n'taient pas Scandinaves.
LA PRIODE C2.
Ejsbl est le deuxime grand site marcageux qui a t exploit ces dernires annes et dont la phase principale Ejsbl Nord est postrieure Illerup A et B, tout en tant antrieure Illerup C. En 1988, M. rsnes a publi une tude fondamentale du mobilier, accompagne de la documentation ncessaire pour interprter le site. Les recollages des fragments prouvent que le site reprsente un grand sacrifice de la fin de C2, ainsi qu'un ensemble postrieur et plus restreint, mais dont le mobilier voque un milieu princier.
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Fig. 5. Les sacrifices d'armes durant la priode C2, la phase d'Ejsbl, avec l'indication de leur probable rgion d'origine. |
Contrairement au site A d'Illerup, les objets d'Ejsbl ont t brls avant d'tre plongs dans le lac, les matires organiques ayant donc entirement disparu. Une fois brl, le butin a t soigneusement tri ; prs de la rive, on identifie deux tas avec chacun 500 600 petits objets, alors que les fragments d'armes plus importants taient jets plus loin. Ce procd complique la reconstitution des quipements guerriers, puisque on ne retrouve pas les jeux d'armes et les objets personnels des guerriers regroups dans des tas comme Illerup A.
Le premier tas de mobilier fut dcouvert lors du creusement d'un drain, tandis que les second tas a pu tre correctement fouill. Celui-ci est un ensemble clos de plus de 530 pices, dont 34 boucles, 13 lments de fourreau, 7 appliques de fourreau, 7 couteaux, 13 javelots barbels, 10 fers de lance, 263 pointes de flches, 4 umbos, 24 poignes de bouclier, 13 pierres feu, 7 perons et 3 pices de harnachement (rsnes, 1984, p. 16). L'assortiment vari des armes et des objets personnels, caractristique d'Ejsbl Nord, permet de distinguer les types de mobilier qui, selon toute vraisemblance, ont t dpos en mme temps que le tas le plus grand. Leur contemporanit est en tout cas atteste pour les pices qui recollent avec des fragments du tas.
En sparant les types d'armes d'Ejsbl qui ne sont pas reprsentes dans le tas, on obtient un groupe de fers de lance et de javelots, retrouv Illerup C et dans des spultures des priodes C3 et Dl. Enfin, il faut signaler des fuses d'pe moules rtrcissement mdian, des pommeaux naviformes ou aux terminaisons ttes zoomorphes postrieures aux mobiliers groups dans les amas.
Le sacrifice d'Esjbl Nord est contemporain d'importantes parties des sites de Thorsbjerg, Nydam et Kragehul ainsi que ceux en Sude de Hassie, Bsarp, Skedemosse, et Gudingskrarne. Comme pour la priode Cib, on constate une concentration des sites, mais tandis que les premiers taient localiss aux rgions proches du Kat-tegat, les seconds sont davantage en relation avec la Baltique
LES SACRIFICES DES Ve-IVe SICLES
Les fouilles rcentes de Nydam (Bonde et al., 1991, p. 99 sq.) sont primordiales pour l'interprtation du site mme, mais aussi pour la comprhension gnrale des dcouvertes de cette poque. Les recherches en 1984 (Petersen, 1987, p. 105 sq.) montrent que les dpts tardifs ne se limitaient pas Nydam II , surtout reprsent par des appliques en or et en argent, mais qu'ils comprenaient aussi des lances aux hampes dcores d'entrelacs. Le nombre des sacrifices du Ve sicle n'est toutefois pas prcis.
Les fouilles de 1990-1991 ont recueilli le meilleur ensemble de mobilier du Ve sicle connu actuellement : des pes pommeau triangulaire, des javelots barbels, des fer de lance ailerons, des umbos base haute avec une pointe centrale, des appliques dcores d'incisions biseautes, des dcors niells et animaliers ainsi qu'une grande quantit d'objets personnels rappellant les sacrifices d'Illerup et d'Ejsbl. On est alors amen s'interroger si ces sacrifices, prcdemment considrs comme des pars pro toto , ne font pas parties d'ensembles nettement plus importants, dont nos connaissances sont fragmentaires en l'absence de fouilles et de documentations exhaustives.
Les fouilles rcentes Nydam ne nous renseignent que partiellement sur l'tendue des sacrifices de la fin du IIIe sicle (priode C2) ainsi que le IVe sicle. Prcoce vers l'ouest, le matriel est plus rcent l'est (les diffrences de sdimentation lies l'volution vgtale peuvent aussi expliquer ce phnomne). Un examen des notes d'Engelhardt compares avec des tudes typologiques rvlent une situation plus confuse. Les trois sacrifices des premires phases de Nydam se chevauchent ainsi, au moins partiellement.
Les fers de javelot barbel et de lance datent le premier sacrifice vers 250 (dbut de C2), comme celui de Vingsted. Le deuxime, qui remonte vers 300 ap. J.-C., est contemporain d'Ejsbl Nord, de certaines parties de Thorsbjerg et de Kragehul. Un troisime dpt, de la fin du IVe sicle, est contemporain d'Illerup C, tandis que la subdivision des autres sacrifices du Ve sicle n'est pas encore tablie.
Des sondages, des carottes et des mesures de rsistivit lectrique ont permis d'tablir un plan du bassin marcageux, trs prcieux pour la comprhension du site de Nydam, indiquant son extension ainsi que l'emplacement des zones menaces. Par ailleurs, les datations dendrochronologiques du bateau en chne le bois de plusieurs planches de bord a t abattu entre 310 et 320 (Bonde et al., 1991, p. 103) attribuent avec certitude le bateau de Nydam au sacrifice contemporain d'Illerup C, notamment quand Engelhardt nous renseigne sur la prsence de fibules de type Nydam l'intrieur du bateau (Engelhardt, 1865, p. 10).
Le site C d'Illerup, celui du lac de Dallerup ainsi que les ensembles d'Ejsbl et de Nydam datent tous de la fin du IVe sicle et sont concentrs le long de la cte orientale du Jutland, au nord et au sud du dtroit de Lilleblt. Contrairement aux sacrifices de la fin de C2, ils ne sont pas limits une seule rgion.Les dcouvertes du Ve sicle sont groupes dans les parties centrales de l'est du Jutland (Illerup, Porskjr et le lac de Dallerup), dans les rgions orientales du sud de la pninsule (Nydam, Ejsbl et Kragehul) et enfin vers l'est, dans lle de Bornholm ainsi que le sud-est de la Sude et dans lle d'land.